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キャバクラ Kyabakura : Accompagnatrice d'âmes en peine | 03 juin 2009

On ne m'aura pas prévenu mais c'est suite à une journée coutumière par sa tranquilité paisible et sa banalité mielleuse qui fait, malgré moi, mon ordinaire et celui de millions d'autres étudiants ou travailleurs fréquentant les bâtiments du système où formés et formatés plus qu'instruit, les corps s'entassent, têtes pleines de formule et de consignes, l'esprit au final bien vide, que -souffle- j'ai trouvé mon illumination.

Oui! Heureusement le destin ou le hasard dans leur clémence apporte son taux d'évènements non attendus, qui donnent à la vie ses péripéties dont on se passerait bien, parfois, mais qui au final rythme le quotidien et nous délivre de l'ennui.

Hier, affalée, me laissant aller à la paresse encouragée par les hautes températures, c'est distraitement que j'entame une conversation polie avec une de mes colocataires. Qui aurais-pu m'annoncer alors un voyage à des milliers de kilomètres? Sans sécurité aucune, j'attéris dans un roman de science fiction, emportée par une héroïne ordinairement extraordinaire, tout droit en Terre nippone, au pays du soleil levant.



Kyabakura: (nf)

キャバクラ


Parmi les professions décomplexées qui foisonnent sur les îles japonaises, une, courante et pourtant méconnue détient une part importante du marché réservé à la "détente". Filles plutôt jeunes, mais pas trop, rarement professionnelles, souvent à temps partiel font la conversation, tenant compagnie aux hommes d'affaires usés par des journées stressaaantes. Jolie minois et ambiance bon enfant, le dosage parfait entre attention et flatterie.:

J'ai rencontré une Kyabakura. En fait, je vis avec une Kyabakura. Avec deux même. J'ai craqué sur l'une d'une bonne humeur contagieuse. Ma kyabakura est japonaise mais pas vraiment. "Born in South Korea". Parents coréens et le fait d'avoir passé pratiquement toute sa vie à quelques kilomètre d'Osaka n'y changera rien. Passeport étranger. Etrangère. Quand on la surprend en flagrant déni, elle s'exclame, "mais qu'est ce que c'est qu'être japonais? Je me sens japonaise ce n'est pas suffisant?" Elle est cool, rigolote, dort 10h par jour sinon passe une mauvaise journée, parle 4 langues, japonais, coréen, chinois, anglais et couramment. Elle parle avec un accent de sa région qui ferait croire aux gens de Tokyo que c'est une Yazuka. "Strong accent, really strong". Ma kyabakura et moi, souvent on mange dans la même assiette, je l'appelerai Kumi, Kumi Senpaï.

Kumi dit que le sommeil n'est pas venu cette nuit, qu'elle n'a pas fermé l'oeil, qu'elle ne s'est pas endormie et c'est terrible, car si ces heures précieuses ont été rattrapés, le mal n'est pas passé. Le mot est lancé: « Je suis stréssée ». Cerveau en ébullition et émergence incontrôlable de questions, Kumi se demande ce qu'elle va devenir. Ce que l'avenir lui réserve elle ne se le demande pas vraiment, on ne lui fait pas à elle. Ce qu'elle veut prévoir c'est ce qu'elle fera de son avenir. Elle a déjà réalisé son rêve d'enfant. Voler. Elle est devenu hôtesse dans les airs. Elle a travaillé dur et pourtant, à la concrétisation s'est suivie une désillusion troublante. Entre Osaka et Beijing, Kumi se dit, « ce n'est pas pour moi, ce n'est pas moi ». Un an et demi aux services d'Air China, et Kumi s'envole à nouveau vers d'autres horizons afin de trouver sa voie. Pour elle, comme pour moi, la quête de réponse se fera loin, elle rejoint ceux qui ont fuit leur vie normale pour le bout du monde: Australia. Terra Incognita.

Le sursit est tamponné, elle a un an pour se décider. Un an ça peut paraître long, mais pour décider d'une vie, ca ne l'est peut être pas assez. Un peu tout de même pour ceux qui reste. Un peu surtout quand on laisse un tendre aimé. Quelques mois se sont écoulés, et la liberté est là où on ne l'attendait pas. Loin des codes et des règles de conduite, du poids de la culture, des coutumes et traditions, du savoir-vivre dit-on, à l'occidentale. Demoiselle Liberté est souvent Ailleurs, où tout ou presque est étranger, on comprend que pour être libre, l'esprit a besoin de creuser, de savoir qu'il y a autre chose, que tout peut être différent, que la vie elle-même se vit différemment. Libre ou libéré, avec le recul se fait le meilleur des envols. Celui de la curiosité pour atteindre des altitudes inégalées. Pour les ouvert d'esprit, le voyage ne se fait pas seulement par engin volant, il se fait à chaque rencontre, découverte et discussion. Kumi est angoissée. Angoissée de ne pas savoir de quoi demain sera fait.


« Petit singe, dit-moi, toi est ce que tu sais ? »



Sagement elle m'écoute lui faire part que l'inquiétude est partagée, par elle, par moi, ici et maintenant mais aussi tout le temps, à des degrés différent variant selon l'urgence, l'humanoïde pense-t-on est fait de la pâte des tourments. Qui dit inquiétude grandissante dit baisse de confiance. Le sentiment semble contaminer les âmes d'un monde dont le système semble mener à sa propre perte, faissant de nous des boules de stress. D'un cynisme qui ne m'est pas familier, je déplore une société d'égoistes cherchant son propre bonheur et profit, un monde où les humanoïdes sont ce qu'ils possèdent, des consommateurs manipulés, spectateurs ne cherchant pas à se libérer de la société qui les condamnent, eux ou leur voisin. Kumi m'écoute, me dit qu'elle aimerait être plus sage, que trop nombreux sont les stupides, mais me confie que s'il elle se trouve une vocation, devenait une artiste, par exemple et ferait fortune, elle aurait peur dit-elle de devenir plus avide et de vouloir garder son argent. Elle aimerait être généreuse et donner aux pauvres mais...

« L'argent appelle l'argent »

Je lui dis que les pauvres ne veulent pas de son argent et elle fronce les sourcils. Je lui demande qui voudrait d'une vie à mendier. Qui voudrait vivre aux dépens de la bonne volonté et de la générosité des autres ? Qui se satisferait de vivre sans savoir s'il pourra finir la semaine et si ses enfants tiendront le coup? Qui se satisferait d'une vie à attendre les miettes d'un autre plus chanceux? Toi Kumi?

Si tu rencontre un mendiant, ne lui offre pas un poisson, écoute-le.
Dans son village, il existait un lac remplis de poissons. Il a appris à pêcher comme son père avant lui mais le lac à été exploité par des plus gros pêcheurs plus équipés, maintenant il ne reste plus rien pour les petits comme lui. Ecoute, et tu comprendra qui tu aides. Ce mendiant avec ton poisson et ta générosité ou les gros exploiteurs a qui tu achetes du poisson toutes les semaines.



« L'argent appelle l'argent »

Dans son pays, m'explique-t-elle, c'est la quête d'une vie, la cause du stress. Kumi est kyubakura et l'a été au Japon aussi. Quand elle était plus jeune, elle écoutait les riches hommes si convoités, dans leur costume impeccables, les faisait boire, les écoutait se plaindre de leur travail ou dire qu'il n'aimait pas leur femme, que la vie était beaucoup trop stressante. Perfomant. Il fallait être performant. Il buvait et parlait. Elle les flattait et ils appréciait la compagnie légère. Jamais elle ne les as entendu se satisfaire de quoique ce soit à part d'un contrat signet ou d'une paye juteuse. Plus jeune elle s'était demandé à quoi bon être adulte et riche si c'était pour mener une telle vie.



Dans son pays bientôt, le train le plus rapide du monde utilisera les puissances magnétiques pour relier Tokyo et Osaka à plus de 500km/h. Les toilettes sont automatiques. Les portables se changent tous les trois mois. Environ. « ThirdMonkey tu sais, c'est fou, les portables sont aussi puissant que les ordinateurs, plus besoin de mp3, ils font tout et deviennent de plus en plus puissant. Pour recharger ton crédit, ils détectent et lisent le code barre. Evidemment tu peux acceder à internet tout le temps, télécharger de la musique, des vidéos, des jeux et même logiciels. Ils servent de carte bancaire, tu peux t'en servir au supermarché. Avant quand on rencontrait quelqu'un on demandait son nom et son numéro et on le notait, maintenant plus besoin. Les téléphones se connecte entre eux, en un bip tu as tous les coordonnées de la personne. Ce sont des agendas mais pire, c'est un journal ouvert sur ta vie, avec tout les historiques, facile de savoir si ton petit copain t'as trompé ou télécharge des pornos. C'est pour ça, il est même possible de bloquer ton téléphone grâce à ton empreinte digitale! Pour éviter les fouineurs. Au japon on est plongé dedans. Quand je vais chez mes amis des fois, on ne se parle que pour se demander de se passer de quoi grignoter. On peut passer notre temps à jouer, sans s'adresser la parole. Il y a tout. Tout! ». Kumi s'enthousiasme. « Et puis avant on pensait tout ça impossible. J'ai entendu parlé d'un téléphone qui pourrait détecter si tu es malade ou non et si oui te dire d'aller chez le médecin! Bientôt, je suis sure ils seront complètement remplacés par des puces intégrées dans ton cerveau qui se liront par télépathie. Tout est possible désormais! Too much technology. Too muuuuch. Crazy japanese, can you believe that? »

Je murmure que si le monde était une partie de jeu, je recommencerai tout à zéro. Je suis mauvaise perdante. Le Game Over m'a toujours laissé le goût amer de la frustration.

Kumi relève la remarque et s'exclame: « Au Japon les jeunes pensent que la vie comme les jeux vidéos, ils sont addicts. C'est leur moyen de s'échapper. De décompresser. Quand ils sont plus jeunes c'est les jeux vidéos. Apres c'est les bêtises et les femmes. La vie est trop stressante! Les femmes doivent trouver un riche mari, et les hommes doivent devenir riches. Sinon c'est honteux. Il faut travailler dur et aller dans une bonne université et trouver une bonne entreprise. J'ai quitté mon copain parce qu'il était trop rêveur et n'avait pas d'argent. Mes parents ne voulait pas de lui et mes amis me répétaient qu'il ne me rendrait pas heureuse, qu'il fallait le quitter avant qu'il soit trop tard et que je sois en âge de me marier. Apres 7ans, j'ai écouté les avis des autres et je l'ai quitté sans explications. Je n'ai plus de nouvelles. Il était bon, juste, doux et généreux. Il était vrai. Je regrette. »

Je n'ai pas pu aider Kumi a trouver un autre rêve à accomplir. Elle et moi, avons parlé plus et encore. Beaucoup avec les mains, et des explications imagés. Finalement la conversation s'est terminée en un soupir pessimiste, triste, fataliste, optimiste, chargé de motivation mais convaincu que la tâche à accomplir, quoiqu'elle soit sera difficile. Affamées, nous nous sommes jetés sur les restes d'un riz rouge, aux olives et aux tomates avec des crevettes. Une recette italienne dont j'ai oublié le nom. C'était bon.


Photos: Notre maisonnée.

Article et photo by Thirdmonkey

Publié par thirdmonkey à 05:54:07 dans Rencontres hasardeuses | Commentaires (3) |

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